III. 1. L’Amérique : puissances du Nord, affirmation du Sud

  • I] L’AMERIQUE, UN CONTINENT ENTRE TENSIONS ET INTÉGRATIONS RÉGIONALES

    A) Comme tout continent, l’Amérique se caractérise par la diversité
    -Diversité de développement et de dynamisme économique
    -Diversité culturelle
    -Diversité de régimes politiques

    B) Des tensions plus ou moins fortes existent au sein du continent américain
    -Des tensions souvent liées à l’hégémonie américaine
    -Quelques tensions latentes entre les États américains
    -Il existe aussi des tensions internes aux États

    C) Un continent inégalement intégré dans la mondialisation
    -Une inégale intégration dans les échanges continentaux
    -Une inégale intégration dans les échanges mondiaux (typologie)
    -Deux associations régionales en concurrence : l’ALENA et le MERCOSUR

     

    II] LES ÉTATS-UNIS ET LE BRÉSIL N’ONT PAS LE MÊME « RÔLE » MONDIAL

    A) États-Unis et Brésil constituent deux géants économiques dans la mondialisation
    -Une puissance économique mondiale ralentie face à une puissance émergente en récession
    -Des fondements économiques plus ou moins semblables
    -Deux États qui demeurent attractifs

    B) Une influence militaire et diplomatique déséquilibrée
    -La puissance militaire brésilienne est loin derrière les États-Unis
    -Face aux États-Unis (leader de l’Occident), le Brésil ambitionne d’être le porte-parole des pays du Sud
    -En fait, le Brésil a surtout un rôle de leader régional

    C) Le Brésil ne peut concurrencer la domination culturelle américaine
    -Le modèle culturel américain (américanisation)
    -Le soft power brésilien, un schéma original aux succès contrastés
    -Deux modèles contestés

     

    III] ÉTATS-UNIS ET BRÉSIL : DES DYNAMIQUES TERRITORIALES MODIFIÉES PAR LA MONDIALISATION

    A) Un territoire maîtrisé (États-Unis) et un territoire à maîtriser (Brésil)
    -Une conquête des terres ancienne aux États-Unis, récente au Brésil
    -Une population inégalement répartie dans les deux pays
    -Le problème de la gestion des risques

    B) Les territoires de la puissance aux États-Unis et au Brésil
    -Des interfaces reflets de la mondialisation
    -Les métropoles, reflets de la puissance
    -Dans les deux pays, il existe quelques périphéries dynamiques

    C) Des espaces à redynamiser : périphéries délaissées et marges aux États-Unis et au Brésil
    -Des périphéries mal connectées
    -Un développement très inégal à l’échelle nationale
    -Marges extrêmes, marges urbaines


  • Agrobusiness :

    ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) :

    Organisation de coopération économique et sociale (« Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América – Tratado de Comercio de los Pueblos » en espagnol) entre 11 pays latino-américains (Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Dominique, Antigua-et-Barbuda, Équateur, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Saint-Christophe-et-Niévès et Grenade – le Honduras a été exclu en 2010). Née en décembre 2004 à La Havane (par la déclaration conjointe signée par Hugo CHAVEZ et Fidel CASTRO), elle se veut une alternative à l’ALENA et à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) promue par les États-Unis.

    ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) :

    Accord de libre-échange signé en 1994 entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Ces trois pays rassemblent 457,8 millions d’habitants sur 21,5 millions de km².

    Au sein de l’ALENA s’observe une forte domination des États-Unis. Néanmoins, l’accès facilité au marché états-unien est un moteur pour l’économie canadienne, et plus encore pour le Mexique dont les exportations vers les États-Unis ont été multipliées par 6 en 20 ans ! L’ALENA met en outre en concurrence les petits producteurs mexicains (paysans du Chiapas par exemple) avec l’agriculture productiviste des États-Unis. A noter que D. TRUMP souhaite réviser l’accord.

    Brain Drain (fuite/migration des cerveaux) :

    Expression journalistique (utilisée dans la presse anglo-saxonne à partir des années 1960) qui désigne le départ des populations les plus qualifiées d’un pays vers des destinations plus attractives. Ainsi, 80 % des Haïtiens qualifiés émigrent, 67 % des élites du Cap-Vert, 17 % au Maroc…

    Corn Belt :
    Culture mainstream :

    Doctrine Monroe :

    Il s’agit d’une conception des relations internationales énoncée par le président américain James MONROE le 2 décembre 1823 lors de son septième message annuel au Congrès. Alors que les États-Unis sortent d’une guerre avec le Royaume-Uni (« seconde guerre d’indépendance » de 1812 à 1814), que les Russes s’implantent en Alaska et que la colonie espagnole de Floride s’embrase, MONROE interpelle, sous l’influence de son secrétaire d’État aux Affaires étrangères John Quincy ADAMS, les puissances européennes en affirmant que toute intervention européenne future dans les affaires du continent sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix. En contrepartie, les États-Unis n’interviendront jamais dans les affaires européennes (« l’Amérique aux Américains, l’Europe aux Européens »). De plus, en reconnaissant l’indépendance des nouvelles républiques latino-américaines, les États-Unis ferment l’ensemble du continent à toute tentative de colonisation ultérieure par les Européens, favorisant ainsi une certaine prise de conscience panaméricaine – mais sous domination états-unienne.

    Favela :

    Bidonville, c’est-à-dire un espace défavorisé dont les habitations sont construites à partir de matériaux de récupération. Ces bidonvilles prennent des noms variés selon les pays : ciudades esperdidas (villes perdues) en Amérique latine, barriadas au Pérou, barracas au Mexique, slums ou bustees en Inde, gourbis au Maghreb et favela au Brésil. La première favela apparaît à Rio de Janeiro en 1897, lorsque 20 000 anciens combattants de la guerre de Canudos (conflit contre une communauté millénariste rebelle du nord-est du pays) sont relogés près d’une colline, la « colline des Favelas » (du nom d’une plante présente en abondance sur ce terrain). Ces groupements d’habitations précaires ont ensuite accueilli les populations exclues (communautés noires, pauvres) même si les bidonvilles, surtout en Amérique latine, concentrent aussi des individus de la classe moyenne. On estime que plus de 6 % de la population brésilienne réside dans les favelas (soit plus de 11 millions de personnes), notamment dans les grandes villes (près de la moitié des habitants de Belém, 22 % à Rio de Janeiro).

    Fazenda :

    Grande propriété agricole au Brésil. En fait, en dépit des réformes agraires et des redistributions de terres opérées en Amérique latine au XXe siècle, il coexiste souvent dans cette partie du continent des petites voire des très petites exploitations qui ne suffisent pas aux besoins d’une famille de paysans (on parle alors de microfundios ou minifundios) et des grandes exploitations issues de la période coloniale et cultivées de façon extensive (latifundios). Les haciendas sud-américaines et fazendas brésiliennes sont des exploitations encore plus grandes, tandis que le terme argentin d’estancia est réservé aux immenses propriétés consacrées à l’élevage extensif.

    Front pionnier :

    Mécanisme d’extension des superficies cultivées dans un territoire (généralement un État) qui vise à accroître le contrôle de l’ensemble de celui-ci. Le front pionnier s’apparente alors à une frontière intérieure d’un État (cette notion de Frontier est ainsi avancée dès 1893 par Frederick Jackson TURNER pour caractériser le front pionnier de la conquête de l’Ouest américain, modèle de la construction du territoire des États-Unis) que l’on souhaite repousser afin de mettre en valeur et de peupler un espace marginalisé, l’intégrant ainsi au territoire national. Cet aménagement du territoire passe par plusieurs étapes : légalisation des terres appropriées auparavant, défrichement ou exploitation économique, peuplement progressif accompagné d’un contrôle du territoire le long d’axes routiers, organisation spatiale de la région pionnière fondée sur la connexion de quelques pôles urbains en croissance par de grands axes de transports en voie de consolidation.

    Gated communities :

    Quartier résidentiel fermé. Le terme, anglo-américain, connaît d’autres terminologie dans le monde : barrio cerrados en Amérique latine, compounds ou street closures en Afrique australe ou au Liban. Il caractérise en tout cas des lotissements privés, enclos et sécurisés que l’on rencontre en fait dès le XIXe siècle puisqu’ils s’inscrivent dans la lignées des immeubles avec concierges et digicodes qui eux aussi isolent un espace privé de la rue (espace public). Le premier lotissement périurbain aux États-Unis, Llewellyn Park (New Jersey), dans la grande banlieue de New York, fut dès 1854 enclos d’un périmètre de sécurité et protégé par un portail tout en incorporant des équipements collectifs (route, espaces de loisirs). En France, la Villa Montmorency (16e arrondissement de Paris) naît dans un parc privé à la fin du XIXe siècle.

    Les gated communities sont en tout cas hétérogènes dans leur population (Leisure World, en Californie, est une vaste ville de retraités de 19 000 habitants où la moyenne d’âge est de 77 ans) et leurs équipements. Néanmoins, de façon générale, il s’agit d’un quartier socialement homogène socialement et habité par des populations aisées.

    Gentrification :

    Processus de renouvellement de la composition sociale et démographique d’un quartier au profit de ménages plus aisés. Il s’agit d’un néologisme anglais (formé à partir du mot gentry qui signifie « bourgeoisie ») inventé en 1964 par la sociologue marxiste Ruth GLASS pour caractériser la réhabilitation du quartier populaire d’Islington (au nord de la City de Londres) et son appropriation par des ménages aisés. Le concept a été repris dans les années 1970 par les géographes qui le mobilisent de façon plus ou moins critique en le rattachant aux politiques publiques.

    Indigènes :

    Habitants appartenant à un groupe ethnique présent dans le pays avant la colonisation. On parle également d' »indiens ».

    On dénombre au Brésil 635 « terres indigènes » (réserves indiennes), soit 12% de sa superficie, où vivent quelques 600 000 Indiens. Au total, environ 1 million de Brésiliens, soit 0,5% de la population, se déclarent Indiens, contre 5 millions il y a cinq siècles.

    Intégration régionale :

    Processus de renforcement des relations entre différents territoires d’un même ensemble géographique, souvent par l’intermédiaire d’organisations régionales (ALENA, MERCOSUR…).

    Jaguars :
    Nom parfois donné aux pays émergents latino-américains, en référence aux Tigres asiatiques. Les pays appartenant à ce « groupe » diffèrent d’une étude à l’autre, même si l’on y intègre souvent le Brésil, l’Argentine, le Chili, la Colombie ou encore l’Uruguay.

    Main Street America :

    La « grande rue américaine » est un axe majeur qui s’étend le long du Saint-Laurent jusqu’à la région des Grands Lacs. Cet espace transfrontalier mégalopolitain, long de près de 3 000 kilomètres, rassemble environ 65 millions d’habitants (65 % de la population canadienne et 15 % de la population états-unienne). Il constitue un centre industriel important (2/3 de la production industrielle canadienne et 25 % pour les États-Unis) dans lequel les secteurs des deux pays sont de plus en plus interdépendants. Le concept a été forgé en 1975 par le géographe canadien Maurice YEATES (Main Street: Windsor-Quebec City).

    MERCOSUR/MERCOSUL :

    Marché commun du Sud (Mercado Común del Sur). Union douanière créée le 26 mars 1991 (mais élaborée dès 1985) par le traité d’Asunción et regroupant initialement 4 États (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) – le Venezuela l’intégrera en 2012. L’association régionale est devenue progressivement un marché commun intégré s’adjoignant même une certaine dimension politique. Avec 273 millions d’habitants répartis sur 12,7 millions de km², c’est devenu l’expérience la plus avancée d’intégration régionale des Amériques.

    Si le Mercosur représente plus de 80 % du PIB total de l’Amérique du Sud, il est dominé par le Brésil – 70 % du PIB du « groupe », ce qui interroge les autres membres. Le Paraguay dénonce par exemple la colonisation de ses terres agricoles par le Brésil.

    Mégalopole :

    Vaste région urbanisée (on parle de « conurbation ») composée de plusieurs métropoles hiérarchisées et interconnectées ; cette région s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres.

    Le terme a été forgé par par le géographe français Jean GOTTMANN dans son livre Megalopolis, The Urbanized Northeastern Seaboard of the United States (1961) pour caractériser la vaste conurbation du nord-est des États-Unis allant de Boston à Washington. Il considérait celle-ci comme une nouvelle Rome : « [La Mégalopolis] fait un peu figure à l’époque présente de ce que fut la Rome impériale du monde antique. L’Atlantique semble être la Mare Nostrum de cette nouvelle Mégalopolis aux dimensions extraordinaires » (p. 175).

    Melting pot :

    Terme provenant de la pièce de théâtre d’Israel ZANGWILL, The Melting Pot (1909), que l’on pourrait traduire par « creuset culturel », et qui désigne l’assimilation des immigrés à la société américaine. Sa dimension largement mythique conduit à privilégier aujourd’hui l’image de la mosaïque ethnique (« salad bowl« ) plus proche de la réalité.

    Métropole :

    Littéralement « ville-mère ». Les métropoles sont des grandes villes qui possèdent un rayonnement et un fort pouvoir de commandement en raison du fait qu’elles concentrent des fonctions économiques, politiques et de décision. La métropole anime et un système urbain plus ou moins complexe à la hiérarchisation emboîtée (domination territoriale à plusieurs échelles). Il n’y a pas de seuil reconnu à partir duquel on qualifie une ville de métropole même si le cap du million d’habitants est souvent évoqué – la notion de mégapole désigne, elle, une ville de plus de 10 millions d’habitants (seuil fixé par l’ONU et qui remplace le précédent : 8 millions).

    Mexamérique :
    Minifundia :

    PMA (Pays les moins avancés) :

    États cumulant tous les critères du sous-développement (faible espérance de vie, grande pauvreté, systèmes éducatifs et sanitaires déficients, vulnérabilité économique). Délimité pour la première fois dans la résolution 2768 de novembre 1971, cet ensemble forgé par l’ONU regroupait 25 pays à sa création, 48 en 2017 (34 en Afrique, 9 en Asie, 4 en Océanie et 1 dans les Antilles).

    Puissance :

    Remises :

    Envois de fonds par les émigrés d’un pays vers leur pays d’origine.

    Sun Belt :

    Triade :

    Ensemble composé des trois principaux pôles économiques de l’espace mondial. La notion est avancée en 1985 par l’économiste japonais Kenichi OHMAE (Triad Power: The Coming Shape of Global Competition), lequel conseillait aux grandes entreprises de s’implanter prioritairement dans trois zones géographiques particulièrement riches et actives dans le commerce mondial : les États-Unis, la CEE et le Japon. Avec le développement de certains États, la notion mérite d’être élargie. On considère ainsi aujourd’hui que la Triade s’étend à l’Amérique du Nord, l’Union européenne et l’Asie orientale (incorporant ainsi la Chine).

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