Le XXIe siècle, un siècle américain ? (Le Monde, 2000)

« Un siècle américain ?

Au beau milieu des années 1980 encore, on les disait sur le déclin. De ce côté-ci de l’Atlantique mais également en Asie, où les succès économiques portaient certains à l’arrogance, on les voyait sur le chemin de la décadence. Ils avaient dominé le siècle. Mais l’heure de l’Europe et de l’Asie – du Japon ou de la Chine, selon les modes – avait sonné. Bref, les États-Unis, affirmait-on alors, gros ouvrages à l’appui, avaient connu leur apogée.

On avait parlé trop vite. Ils n’étaient pas en sommeil : ils changeaient. Ils inventaient la nouvelle économie. Ils intégraient, les premiers, les dernières technologies de l’information, nées chez eux, à l’industrie et aux services. Cette révolution allait redonner à l’économie américaine sa place prépondérante. A cette puissance économique et technologique s’ajoute, au lendemain de la victoire dans la guerre froide, leur domination militaire – celle des armes du futur – et idéologique – l’économie de marché et la démocratie, indépassables horizons… Ils sont le plus gros centre de recherche du monde : année après année, leurs scientifiques empochent plus de 60% des Nobel. Un demi-million de jeunes étrangers étudient dans leurs universités.

Autant politique qu’économique, leur puissance est aussi, surtout, culturelle : la culture populaire américaine domine le monde. L’ensemble de la panoplie, qu’aucun autre État ne possède au complet, fait d’eux ce que l’essayiste américain Ben J. WATTENBERG a, le premier, appelé une « hyperpuissance ». Le XXIe siècle s’annonce-t-il comme la répétition du XXe siècle : un siècle américain ? »

Éditorial du journal Le Monde, 1er janvier 2000.

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