Le regard d’un journaliste français sur la Chine de MAO (1965)

« Aujourd’hui, l’aspiration de la Chine à la direction de la révolution communiste est partout étalée dans les textes officiels, et c’est à chaque instant que le Quotidien du peuple* ou le Drapeau rouge* invitent les communistes à regarder vers Pékin, aussi bien les communistes des pays impérialistes que ceux des pays coloniaux ou semi-coloniaux. Partout en Chine j’ai vu affichée sur les murs l’image du vaillant prolétaire chinois guidant vers le combat ses frères noirs, jaunes et blancs. La thèse sans cesse répétée est que le marxisme-léninisme a été trahi en Occident par toutes les équipes communistes en place, en commençant par l’équipe khrouchtchévienne. […]
Dans le domaine diplomatique, le retour à la Chine signifie la fin d’un contrôle ou même d’une suzeraineté qu’exerçait Moscou sur la diplomatie chinoise. Jusqu’à une date récente, la Chine acceptait qu’une bonne partie de ses relations avec le monde extérieur passât par Moscou. Il lui était égal d’être absente de la scène internationale, ou du moins elle pouvait se le permettre, ayant assez à faire avec les problèmes intérieurs. Toute vassalité diplomatique par rapport à l’Union soviétique est aujourd’hui intolérable. Pour que le monde regarde vers la Chine, il faut que la Chine soit présente partout dans le monde. […]
Le retour à la Chine, c’est encore l’affirmation du principe de l’indépendance économique. «Comptons uniquement sur nos propres efforts », dit un slogan partout présent dans les usines […]. C’est un slogan courageux, quand il est proposé aux travailleurs chinois, puisqu’il leur demande l’énorme effort de combler le vide laissé par le départ des experts russes et de l’aide russe. […] »

 

* Il s’agit de titres de journaux chinois.

 

Robert GUILLAIN, Dans trente ans la Chine, Éditions du Seuil, 1965.

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