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La Chine et les Chinois de l’étranger

L’objectif des autorités est de capter au bénéfice du pays les capitaux et le savoir-faire des nouveaux Huaqiao1 et Huayi2. Ne pouvant espérer de leur part des investissements aussi importants que ceux des grandes entreprises de Hong Kong, d’Asie ou des États-Unis, c’est donc en priorité leur savoir-faire qu’elles cherchent à obtenir. Elles ont tout d’abord tenté de faire rentrer les étudiants formés à l’étranger et les personnes qualifiées. Dès le début des années 1980, diverses mesures ont été mises en place pour favoriser les retours, notamment en matière de logement et d’emploi. Très vite, cependant, les autorités chinoises ont compris que ces politiques auraient peu de succès : la différence de niveaux de vie et les possibilités offertes à l’étranger étaient encore trop importantes. Par ailleurs, l’idée d’un retour définitif n’allait pas de soi pour les émigrés. Les événements de 1989 (le massacre de la place Tiananmen), d’une part, les politiques d’accueil des gouvernements étrangers à l’égard des étudiants chinois installés sur leur territoire, d’autre part, ont encore réduit les chances pour le gouvernement chinois de voir revenir cette main-d’œuvre qualifiée.
À partir du début des années 1990, Pékin a donc modifié sa politique. Il était désormais question de “supporter les études à l’étranger, d’encourager le retour des étudiants et de préserver leur liberté de mouvement” en facilitant la circulation migratoire entre la Chine et l’étranger. Pour cela, les autorités ont décidé de délivrer aux personnes concernées des “cartes vertes”, passeports à entrées multiples, en plus des divers privilèges économiques et sociaux. La devise “Rentrer pour servir la patrie” est devenue “Servir la patrie depuis l’étranger” : le retour physique et surtout définitif n’était plus exigé. […]
Les autorités chinoises espèrent également continuer à bénéficier des actions économiques “spontanées” des nouveaux émigrés, qu’ils soient qualifiés ou non. Ainsi, dès 1980, des mesures ont été prises pour dynamiser les circuits des devises étrangères envoyées aux familles : exonérations fiscales, changes favorables, consommation libre, facilités de création de commerces et de micro-entreprises, etc. Aujourd’hui, l’utilisation des remises (l’argent envoyé par les émigrés à leurs familles) est laissée à l’entière liberté de leurs possesseurs. Pour rendre l’envoi et la réception de ces remises plus attrayants, les autorités chinoises, surtout au niveau des provinces, ont accédé à l’une des demandes des familles d’émigrés : la construction et la possession de maisons, voire de terrains. Quant aux dons faits par les émigrés […], ils sont considérés comme des investissements “de prestige” et font l’objet d’une publicité massive dans les différents médias locaux et nationaux, qui leur consacrent ainsi une reconnaissance officielle.
[…] Mais ne nous y trompons pas… L’atout économique que représentent les Xinyimin3 pour la Chine n’a d’égal aujourd’hui que l’intérêt qu’ont les autorités chinoises à exporter leurs préoccupations politiques, nationales et internationales, au sein des nouvelles communautés émigrées. »

1. Citoyens chinois résidant à l’étranger.

2. Chinois d’outre-mer naturalisés, descendants de familles émigrées ou d’un mariage interethnique.

3. Nouveaux migrants.

Carine PINA-GUERASSIMOFF, « Le renouvellement des perspectives transnationales de la Chine », Critique internationale, n° 32, 2006.

L’entrée de la Chine à l’ONU commentée en 1972

« Assumant le leadership du Tiers-monde, il est probable que la Chine infléchira notablement les relations des divers pays ou groupes de pays, y compris leurs rapports au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU). […] Les hégémonies “verticales” (États-Unis, URSS, Grande-Bretagne, France) sont contestées. Les pays en voie de développement multiplient leurs “contacts horizontaux” ; ils font preuve d’une plus grande solidarité et tendent à pratiquer une diplomatie non engagée. Mais, dira-t-on, ne vont-ils pas tomber de l’emprise américano-soviétique sous la coupe de Pékin ? Il est certain que la Chine pèsera de tout son poids et usera de son droit de veto pour soutenir les justes revendications du tiers-monde. Elle saisira l’Onu de toutes les questions touchant à l’indépendance et au développement, appuyée sur la majorité numérique des pays pauvres. De ce fait, elle acquerra une puissance inégalée. Cela dit, il est peu probable que l’on puisse assister à une emprise chinoise du type de celle qu’ont exercée les Américains et les Soviétiques. Car, d’une part, la Chine ne possède pas les formidables moyens de ces deux pays ; d’autre part, on peut penser que l’entrée de la Chine va mettre fin à la politique des “blocs”, à l’antagonisme bipolaire et exclusif. »

Léon TRIVIERE (1915-1998), « Pékin à l’Onu, Taipei exclu », Études, janvier 1972.

Jacques CHIRAC rend hommage au général DE GAULLE (2006)

« La France [de 1940] a placé sa confiance dans les vieilles gloires de la guerre précédente, notamment le maréchal PETAIN […]. Il se croit à l’abri, derrière la protection illusoire de la ligne Maginot. Et lorsque les armées nazies déferlent sur le pays saisi de stupeur, DE GAULLE voit ce qui reste du pouvoir tourner à vide, dans une immense confusion. Les faits lui donnent dramatiquement raison. Mais pour l’heure, il n’a qu’une idée : combattre. […]
Dans le pire effondrement de notre histoire, il prend alors une décision qui change le destin de la France. Le 16 juin 1940, le maréchal PETAIN a formé un nouveau gouvernement. Il entraîne la France dans le choix funeste et déshonorant de l’armistice.
Quelle grandeur il faut au général DE GAULLE pour prendre aussitôt l’avion pour Londres, survolant la ville où sa mère se meurt, sans nouvelles de sa femme et de ses enfants ! Seul, pour assumer la France.
Quel courage, quelle grandeur il lui faut, après une nuit qu’on imagine sans sommeil, écrivant, raturant, réécrivant, pesant chacun de ses mots, pour lancer l’appel du 18 juin ! Seul encore, il porte la continuité des valeurs de la France, abandonnée par ses élites. Il incarne déjà l’espoir d’un peuple jeté sur les routes et bouleversé par la défaite. Tout n’est pas perdu. Le pays peut poursuivre le combat à partir de son Empire. Cette guerre sera une guerre mondiale, un choc frontal entre la démocratie et le totalitarisme nazi. Tôt ou tard, la victoire basculera dans le camp de la liberté. Quel courage il lui faut, alors que le gouvernement de Vichy l’a condamné à mort, quelle humanité, au sens le plus noble du terme, pour poursuivre le combat après l’échec de Dakar ! Quelle grandeur, lui qui n’est presque rien, pour regarder droit dans les yeux CHURCHILL, pour tenir tête à ROOSEVELT, qui lui préfère le général GIRAUD ! Ce courage, il le puise dans l’idée qu’il se fait de la France, et dans sa foi dans les valeurs de la République. Alors que Vichy, servile, livre les Juifs à leurs bourreaux, De Gaulle ne veut connaître que deux catégories de Français : ceux qui font leur devoir, et ceux qui ne le font pas. Grâce à lui, la France est dans le camp des vainqueurs. Il charge Jean MOULIN d’unifier la résistance. En 1942, les Français libres se couvrent de gloire à Bir Hakeim. Le 6 juin 1944, les hommes du commandant KIEFFER débarquent en Normandie. En août, Paris est libéré par les Parisiens et la division Leclerc. Aux côtés des alliés, des Français participent à la délivrance du pays jusqu’à Strasbourg, accomplissant ainsi le serment fait à Koufra, avant de marcher sur Berlin.
Dans Paris libéré, les Champs-Élysées, envahis par une foule immense, s’ouvre devant lui comme une mer. Il refait autour de sa personne l’unité de la France déchirée. Et lorsqu’on lui demande de proclamer la République, il répond qu’elle n’a jamais cessé d’être : la France libre, la France combattante, le Comité français de la libération nationale, l’ont tour à tour incarnée face à Vichy. »

Jacques CHIRAC, président de la République, discours pour l’inauguration du mémorial Charles-de-Gaulle de Colombey-les-deux-Églises (Champagne-Ardennes), le 9 novembre 2006.

Robert PAXTON et la polémique autour de La France de Vichy

« A l’automne 1960, étudiant à Harvard, j’arrivais à Paris pour entamer ma thèse d’histoire sur le corps des officiers dans la France de Vichy. Bien que seize ans seulement se soient écoulés depuis la Libération, je croyais naïvement qu’un historien pouvait étudier la France de l’Occupation avec la même liberté que la guerre de Sécession1. […]

Il a suffi d’une visite au Service historique de l’armée de terre (château de Vincennes), où je comptais consulter les archives de l’armée d’armistice (celle que Vichy avait été autorisé à conserver), pour que la réalité me rattrape brutalement. Les blessures de l’Occupation étaient encore si douloureuses que, loin de stimuler la recherche historique, elles l’inhibaient : on m’informa que les archives devaient rester closes cinquante ans. […]

J’ai tout de même réussi à trouver des archives sur la question, celles des Allemands. Quand je me suis plongé dans les télégrammes et les notes envoyés quotidiennement à Berlin […], je me suis aperçu que les postulats que soutenait L’histoire de Vichy de Robert ARON, l’ouvrage de référence dans ces années-là, ne correspondaient pas à ce que j’étais en train de lire. […]

Henry ROUSSO² a fort bien décrit les doutes que mon livre a suscités dans une grande partie du public et chez quelques universitaires. Certains esprits l’on accueilli favorablement, soit qu’ils fussent déjà prédisposés à condamner Vichy, soit que 1968 les eût préparés à remettre en question les comportements des générations antérieures, soit que le film de Marcel OPHÜLS (1970) les eût sensibilisés aux complexités et aux ambiguïtés des années d’Occupation. Ceux qui l’ont rejeté étaient non seulement les apologistes3 de Vichy mais aussi une large fraction de l’opinion qui, sans être pétainiste, croyait ce que PETAIN avait dit à son procès sur son appui secret aux Alliés et sur sa stratégie du « bouclier » pour protéger le peuple français du mieux qu’il le pouvait. »

1 – La guerre de Sécession (1861-1865) est une guerre civile opposant les États confédérés du Sud et les « Fédéraux » du Nord. Elle constitue une page sombre de l’histoire américaine.

2 – Henry ROUSSO, ancien directeur de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) est un historien français qui a notamment publié en 1987 Le syndrome de Vichy de 1944 à nos jours.

3 – Personnes qui glorifiaient le régime de Vichy.

Extraits issus de l’avant-propos de l’ouvrage de Robert O. PAXTON, La France de Vichy 1940-1944, 1999 (première édition francophone en 1973).

Jacques CHIRAC et l’inauguration du Musée Charles-de-Gaulle (2000)

« En consacrant une aile du musée des Invalides à la Seconde Guerre mondiale, le chef de l’État poursuit son « devoir de mémoire ».

Le président de la République avait promis ce musée dès la fin 1995 aux quelque quatre mille survivants de la France libre. Il voulait y voir figurer les images d’une France héroïque et courageuse au cœur du chaos de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi celles de la collaboration. Dimanche 18 juin, après la traditionnelle cérémonie de recueillement au mont Valérien, Jacques CHIRAC devrait donc, enfin, inaugurer le Musée Charles-de-Gaulle, « Seconde Guerre mondiale, France libre, France combattante », qui occupera désormais une aile du Musée militaire des Invalides, quatrième musée français pour sa fréquentation.

C’est la première fois que seront montrées, dans un musée militaire, les images glorieuses de la Résistance mêlées à celles, plus sombres, de la débâcle puis de Vichy. M. CHIRAC a fait de ce « devoir de mémoire » un des aspects marquants de sa présidence. Dès son arrivée à l’Élysée, le président a en effet montré que, s’il continuait de revendiquer le parrainage gaulliste, il entendait aussi rompre avec l’histoire magnifiée d’une France ayant héroïquement gagné sa place aux côtés des vainqueurs. Le chef de l’État, cédant au symbole, a ainsi fait revenir dans son bureau le mobilier du général DE GAULLE. Mais, moins de trois mois après son élection, le 16 juillet 1995, jour du 53e anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv’, il a provoqué dans les rangs de son propre camp une sorte de séisme idéologique, historique et politique. Le choc tenait en une phrase : « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l’État français. » Jusqu’ici, au sein des rangs gaullistes notamment, beaucoup s’en tenaient encore à la version de l’écrivain André FROSSARD, résumant la volonté du général DE GAULLE : « Vichy fut une espèce de syndic de faillite, ce n’était pas la France. »

« Assumer son histoire »

Depuis, M. CHIRAC n’a jamais cessé d’appeler les Français à regarder leur histoire « en face ». Inaugurant, en 1997, le mémorial des Justes, en plein procès Papon, le président a ainsi redit : « Notre pays doit assumer toute son histoire. Le blanc comme le gris. Les heures de gloire comme les zones d’ombre. Pour cela, pour bâtir son avenir sur des bases plus claires, il accomplit aujourd’hui un difficile travail de mémoire. » En ce 18 juin 2000, il devrait encore insister sur ce « devoir de mémoire », même s’il ne manque pas d’exalter les valeurs qui ont fondé la Résistance : le courage, l’héroïsme, l’honneur.

À la fin de 1995, c’est en ce sens que M. CHIRAC a répondu à la démarche du général Jean SIMON et de Georges-Antoine CAÏTUCOLI, président et vice-président de l’Association des Français libres, qui venaient évoquer avec lui la création de ce musée. Durant les quatre années qui auront été nécessaires à sa réalisation, le président a suivi l’avancement des travaux comme la conception muséologique de l’exposition. Plusieurs des derniers représentants de la France libre, pour la plupart octogénaires, devraient être présents lors de l’inauguration. La veille, l’Association des Français libres se sera autodissoute, « afin de ne pas offrir une image dégradée par l’accumulation des ans ». Le musée aura pris le relais. »

Raphaëlle BACQUE, « Jacques CHIRAC et l’inauguration du Musée Charles-de-Gaulle », Le Monde, 18 juin 2000.

Une revue gaulliste juge la résistance communiste

« Tout le monde sait qu’il a fallu attendre jusqu’en 1941 et l’agression hitlérienne contre la Russie pour que le Parti communiste abandonne sa politique de neutralité envers l’Allemagne nazie. Encore lui faudra-t-il des mois avant que son organisation commence à se manifester. C’est seulement au printemps 1942 que les FTP [Francs-Tireurs et Partisans, groupe formé par le PCF] entrent en contact, par l’intermédiaire du colonel REMY, avec la France combattante. Le général DE GAULLE a rendu, à Rennes, le 27 juillet 1947, un hommage mérité à ceux des communistes qui ont, à partir de ce moment, combattu aux côtés des FFL et des FFC [Forces françaises combattantes] de l’intérieur qui « tenaient le front » depuis 1940. Mais que penser des chefs communistes qui, tandis que ces combattants se sacrifiaient, donnaient tout leur soin au noyautage politique, en prévision de la Libération ? Pour eux, la Résistance n’a été que l’une des phases de leur tactique dans la marche à la dictature. C’est pourquoi, sans jamais nous abaisser à marchander aux résistants communistes de la base l’hommage qui leur est dû, nous nous refusons à entériner l’imposture inique des chefs communistes qui se font un piédestal de « leurs morts ». »

 

L’étincelle (revue gaulliste), n°16 du 9 août 1947

Pierre NORA distingue la mémoire de l’histoire

« La mémoire est la vie, toujours portée par des groupes vivants et à ce titre, elle est en évolution permanente, ouverte à la dialectique du souvenir et de l’amnésie, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les utilisations et manipulations, susceptible de longues latences et de soudaines revitalisations. L’histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n’est plus. La mémoire est un phénomène toujours actuel, un lien vécu au présent éternel ; l’histoire, une représentation du passé. […]

Parce qu’elle est affective et magique, la mémoire ne s’accommode que des détails qui la confortent ; elle se nourrit de souvenirs flous, téléscopants, globaux ou flottants, particuliers ou symboliques, sensible à tous les transferts, écrans, censure ou projections. L’histoire, parce que opération intellectuelle et laïcisante, appelle analyse et discours critique. La mémoire installe le souvenir dans le sacré, l’histoire l’en débusque, elle prosaïse toujours. […]

La mémoire sourd d’un groupe qu’elle soude, ce qui revient à dire, comme HALBWACHS l’a fait, qu’il y a autant de mémoires que de groupes ; qu’elle est par nature, multiple et démultipliée, collective, plurielle et individualisée. L’histoire, au contraire, appartient à tous et à personne, ce qui lui donne vocation à l’universel. […]

La mémoire s’enracine dans le concret, dans l’espace, le geste, l’image et l’objet. L’histoire ne s’attache qu’aux continuités temporelles, aux évolutions et aux rapports de choses. »

 

Pierre NORA, « Introduction : Entre Mémoire et Histoire » in Pierre NORA (dir.), Les lieux de mémoire. Tome 1 : La République, Paris : Gallimard, p. XIX.

Jacques CHIRAC reconnaît la responsabilité de l’État dans la déportation des Juifs (1995)

« Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays.
Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte.
Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français.
Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.
Ce jour-là, dans la Capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs, furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.
On verra des scènes atroces: les familles déchirées, les mères séparées de leurs enfants, les vieillards – dont certains, anciens combattants de la Grande Guerre, avaient versé leur sang pour la France – jetés sans ménagement dans les bus parisiens et les fourgons de la Préfecture de Police.
On verra, aussi, des policiers fermer les yeux, permettant ainsi quelques évasions. […]
La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. […]
Certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n’est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le Général DE GAULLE. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces «Justes parmi les nations» qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l’écrit Serge KLARSFELD, les trois-quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur. Les valeurs humanistes, les valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent l’identité française et nous obligent pour l’avenir. »

Allocution du président de la République, Jacques CHIRAC, prononcée lors des cérémonies commémorant la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942, 16 juillet 1995